Carnet de voyage, 4 messages



Extrait de carnet de voyage, Manly, dimanche 8 avril, posté le 2007-04-13 02:14:50

Cette nuit, je suis allé voir la mer. La foule du dimanche de Pâques s’était effacée, seuls quelques rares passants marchaient encore sous les lumières blafardes de la ville. La nuit avait fait son travail, et le calme était revenu.
La mer m'a chuchoté des choses. Au rythme des vagues. Quelquefois je ne sais pas si elle me chuchote ou si elle me gronde. La mer, c'est comme un très vieil ancêtre. Bien plus âgée que l'humanité, elle a vu défiler maints événements que nous ne soupçonnons pas. Elle en sait des choses, de notre histoire, des hommes, et du temps. Et ce qu'elle n'a pas pu voir, loin des côtes, ce sont les gouttes d'eau, ses messagers fidèles et infatigables qui se faufilent dans chaque parcelle du monde, qui le lui ont rapporté... Alors, quand elle chuchote, il serait peut-être sage de l'écouter.
Mais voila, nous les hommes ne sommes que de petits enfants sur cette terre. Et chacun sait que les enfants n'écoutent pas toujours les parents. Encore moins les grands-parents. Alors qu'en est-il d'un très vieil ancêtre?
Si vous avez l'occasion d'écouter la mer, essayer de comprendre ce qu'elle aimerait vous dire. Il est probable que vous n'entendrez que ce que vous désirez entendre. Mais dans ces flots de paroles, peut-être saisirez-vous des mots sages, une vérité de ce monde ou une parole rassurante...
Ecoutez...

Extrait de carnet de voyage, Cairns, samedi 31 mars, posté le 2007-03-31 11:40:32

Afficher en taille réelleLundi dernier première plongée sous-marine en piscine. Pendant 2 jours, classes et plongées se sont enchaînées. Pas de raison de s'inquiéter, la profondeur maximale étant de 4 mètres...

Mercredi, départ vers la grande barrière de corail au large de Cairns. Première plongée en mer à 12 mètres de profondeur. La pression n'est pas présente que dans les bouteilles. Ma claustrophobie n'est pas gênante mais la peur de l'étouffement qui lui est associée ressurgissait. Ajouté à cela le mal de mer naissant du au 3 heures de tangage et roulis incessants, malgré la prise de cachet pharmaceutique, autant dire que je n'étais pas au meilleur de ma forme.
Afficher en taille réelle
C'est parti, me voila sous l'eau, en descente. Atterrissage sur le fond, et premières minutes à genoux sur le sable. Malgré la présence du moniteur et des 6 autres personnes du groupe, l'isolement silencieux m'envahit. L'immobilité et l'absence de choses à regarder dans les proches alentours augmentent mon introspection. Je regarde vers le haut, domine mon vertige, et observe la quantité d'eau qui me surplombe. Je me sens oppressé. J'ai du mal à respirer. J'ai trop serré les attaches de mon équipement. Mes poumons sont comprimés. Mon souffle est court. L'instructeur nous fait signe à chacun pour nous demander si tout est OK. Je fais signe que oui. Je crois. Je contrôle. Ou je panique? Se forcer à respirer lentement... Le groupe se met en route. Etrangement, le mouvement améliore ma respiration et fait disparaître mon appréhension... Le plus dur est passé.
Afficher en taille réelle

Plusieurs dangers inhérents à la plongée sous-marine. La rupture d'air, solution normalement apportée par le binôme qui fournit une source alternative; le mal de décompression, due à une quantité trop importante d'azote dans le corps ou à une remontée trop rapide (les bulles d'azote dans le sang augmentent alors de volume trop rapidement et perforent les tissus, mortel au niveau cérébral); l'essoufflement, l'évanouissement, etc...
Intéressant, si on retient sa respiration en remontant de plusieurs mètres, l'air contenu dans les poumons s'expand, et on a vite fait de se retrouver avec des poumons comme des montgolfières, on imagine facilement les conséquences...

La plongée est exténuante, en particulier pour les débutants qui respirent mal sous l'eau. Le soir arrivé, je sombrais rapidement dans un sommeil lourd. Pas pour longtemps, des rêves ayant pour sujet eau, mer, poissons et plongées faisant leur apparition. Immergé dans ce monde qui n'était pas le mien, inconsciemment inquiet pour les sorties sous-marines à venir, je vis ressurgir un comportement de mon enfance, celui du somnambule que j'étais.
J'ouvrais donc les yeux au milieu de la nuit, et me retrouvais dans cette pièce sombre et remplie d'eau. Ma tête à quelques dizaines de centimètre de la surface. Paniqué par le danger de la noyade, j'essayais de remonter à la surface. Mais j'avais beau agité pieds et mains, je ne remontais pas d'un pouce.
Tout somnambule contrarié se réveille. Une sorte de réveil progressif qui fait passer doucement mais désagréablement du monde du rêve à celui de la réalité. Contrarié par le fait que je mourrais, ma première perception du réel était que je pouvais encore respirer. Je me trouvais donc dans une pièce remplie d'air. J'en déduisais rapidement que la surface liquide qui se trouvait au-dessus de moi n'était autre que la lumière filtrant à travers l'interstice supérieur de la porte et reflétant sur le plafond. L'étouffement maîtrisé, voila qu'arrivait la claustrophobie. Où étais-je? Pourquoi me trouvais-je dans une si petite pièce? Je mis quelques secondes à réaliser que j'étais simplement couché sur le lit supérieur d'une cabine étroite, avant de me recoucher rassuré, le fait de maîtriser mon environnement faisant instantanément disparaître ma phobie d'être enfermé dans un petit espace...

Ma matinée suivante se terminait après 2 nouvelles plongées et avec mon brevet de plongeur. Je me sentais maintenant à l'aise. L'après-midi débutait avec ma première plongée autonome, accompagné de mon binôme du moment, Franck, un autre français, bien sympathique, un peu stressé. Sur les sorties suivantes que nous effectuerons, je m'évertuerai à lui montrer différents éléments exceptionnels de la faune et de la flore, fasciné par ce monde sous-marin, Franck se concentrant un peu trop sur la navigation, la profondeur et la jauge d'air...

L'appréhension revint avec la nuit. Au programme, plongée nocturne... Finalement les torches puissantes éclairaient suffisamment l'espace pour m'éviter toute phobie inopportune.

Les 3 dernières plongées du lendemain ne furent que du bonheur, dans cette exploration du monde sous-marin, sur ce site extraordinaire qu'est la grande barrière de corail. Tortues, requins, poissons aux milles formes et couleurs, murènes, crustacés, coquillages et coraux... Il est difficile d'exprimer le spectacle. C'est comme si on avait demandé à des centaines d'enfants de dessiner des poissons et de les colorier, et que tous ces dessins étaient devenus réalité...

Extrait de carnet de voyage, Darwin, mardi 20 mars, posté le 2007-03-25 10:33:12

Afficher en taille réelleSi les maoris sont très bien intégrés en Nouvelle-Zélande, on ne peut pas en dire autant des aborigènes en Australie. A Alice Springs ou à Darwin, même punition. De nombreux aborigènes squattent les rues, tels des mendiants aux âmes en peine, certains déjà ivres en milieu de journée, d'autres essayant de vendre quelques objets d'artisanat. En général, leurs habits occidentaux sont sales et déchirés. Aucun ne cache sa misère. Les visages expriment la tristesse. Des visages transformés par la présence de l'homme blanc. Le temps des communions avec la nature, des esprits et des libertés s'est terminé avec l'arrivée de celui-ci. J'ai la désagréable impression que les aborigènes des villes ont perdu leur identité et leur âme. Et qu'ils n'ont pas eu le choix.
Afficher en taille réelle
L'homme blanc les a chassé de leur territoire. Ensuite il a volé les enfants aborigènes de leurs familles pour les éduquer à l'occidental. Aujourd'hui la plupart des aborigènes sont seulement rejetés de la société. Etrange vision. Comme si un bout de la pauvreté du tiers-monde se mixait avec une partie de la richesse occidentale. Sans que rien ne soit fait. Comme si un enfant africain en guenilles, affamé et désespéré habitait sur la croisette...
Et même si les choses commencent à changer, la culture aborigène reconnue, les sites sacrés protégés, je sens comme un immobilisme. Et si on y regarde de plus près, je dirai même que cela profite beaucoup aux blancs. Pourquoi donc tous les magasins d'artisanat aborigène, les galeries et musées sur la vie et la culture aborigènes sont tenus par des blancs? Pourquoi la majeure partie des guides est-elle blanche?
Afficher en taille réelle
Racisme.

Heureusement, les enfants montrent parfois l'exemple. Comme cette après-midi là, où, à Alice springs, la rivière coulait à flots, seulement depuis la veille. C'est assez rare pour être souligné. Il est dit que si quelqu'un voit pour la troisième fois la rivière lorsqu'elle n'est pas à sec, alors il est considéré comme un local. D'ailleurs la plupart des routes traversant le cours d'eau sont à gué et sont ce jour-la submergées, et transformées en terrain de jeu. Un demi-mètre d'eau boueuse dévalant à vitesse raisonnable, quoi de plus attirant pour les enfants! Et ces derniers jouaient. Couraient. Eclaboussaient. Riaient. Ensemble, noirs et blancs. Celui-la se tient au panneau de circulation et laisse son corps flotté dans le courant. Ceux-la descendent la rivière dans une embarcation de fortune, une petite piscine de bébé en forme de coquillage...
Voila le spectacle de ce dimanche après-midi. Des enfants et adolescents qui s'amusent, partageant le même moment de la même façon, peu importe la couleur de leur peau. Et entraînant avec eux les parents attentifs, qui sourient, observent, grondent et passent du bon temps. Encore une fois, quelque soit la couleur de peau.
Moi, là, observateur étranger. Persuadé que, peu importe les tours qu'aient pu faire les autres touristes, j'étais devant le plus beau spectacle de la journée...

Extrait de carnet de voyage, Uluru, vendredi 16 mars, posté le 2007-03-25 10:05:47

Afficher en taille réelleArrivée à Sydney le mardi au matin. Bienvenue au pays des surfeurs...
La plupart des australiens (en essayant de ne pas généraliser) semblent plus préoccupés par le paraître que par l'être. Le culte du corps. Peu importe si le petit pois du cerveau ne se développe pas. Tandis que nombreux males multiplient les séances de musculation (bien que les vrais surfeurs n'en ai probablement pas besoin), d'autres, en particulier les femmes s'évertuent à courir et à perdre les kilos en trop qui les suivent. Dans les parcs et sentiers côtiers, il y a plus de "joggeurs" que de promeneurs.
Trois phases journalières. Travail; sport et entretien; alcool et soirées... La troisième phase causant l'intensification de la deuxième (perdre les kilos pris en buvant et mangeant). La première phase incitant fortement à la troisième (décompression et oubli). La seconde phase obligeant les heures supplémentaires dans la première (c'est que ça coûte cher de s'entretenir et de s'habiller).
Afficher en taille réelle

J'ai été accueilli comme un roi par le cousin de Gaëlle, Bertrand, et sa femme Elodie. Logé, nourri, avec barbecue et rencontre d'une partie de la population francophone de Sydney en prime.
Chez eux, j'ai eu l'occasion de regarder les informations françaises. Déprimant: politique, élections, le printemps est en avance, politique, politique et sondages idiots aux résultats douteux... Parlons un peu de ce dernier point d'ailleurs. Le rapport avec mon tour du monde est peu évident (voire inexistant), mais cela changera des récits habituels...
L'étude porte sur la sexualité des français. Un résultat donne le nombre de partenaires moyen du français: 11 pour un homme, 4 pour une femme. Choquant? Non, je dirai impossible... Les chiffres sont mathématiquement incohérents et c'est désolant de voir que ni les instituts, ni les informateurs ne vérifient de plus près la cohérence de leurs dires.
Afficher en taille réelle
Explication: pour une relation hétérosexuelle, si un partenaire est déclaré chez un homme, il doit l'être aussi quelque part chez une femme. Et inversement. Au total, si ne sont décomptées que les relations hétérosexuelles entre français, le nombre de partenaires des hommes doivent être équivalent au nombre de partenaires de femmes. Comme les populations masculines et féminines françaises sont quasiment équivalentes, on divise par le même nombre pour obtenir la moyenne. Les chiffres devraient donc être très proches... Et personne ne peut croire que 7 relations sur 11 pour l'homme sont de caractère homosexuel (ou pire...) ou avec une partenaire étrangère -surtout que les femmes ont le même genre de relations-. Quelques explications plausibles à cette erreur grossière: l'échantillon de la population considéré n'est pas homogène; la différence de conception du partenaire sexuel entre la femme et l'homme, si ce terme n'est pas été expliqué lors du sondage; plus probablement, la fierté masculine (ou machisme?), qui a augmenté le nombre de partenaires de l'homme (surtout si l'interrogé était en présence de ces amis), et inversement la discrétion de la femme (ou perversion de la cachotterie?), qui a diminué le chiffre de l'autre coté.
En résumé, une bonne approximation serait 7 partenaires de chaque coté. Et on n'en a vraiment rien à faire finalement!

Ayers Rock. Préférablement Uluru en aborigène Une énorme masse de roche sortant au milieu du désert. Majestueux.
Avant d'apprécier, il faut s'habituer. A la chaleur d'abord. Puis aux mouches, évoluant par dizaines autour du touriste, et n'hésitant pas à venir chatouiller les parties sensibles du visage, telles les yeux, les narines ou les oreilles. Eventuellement adopté la solution de la moustiquaire autour de la tête. Ridicule mais intelligent. Ou le chapeau australien, sur lequel des cordelettes fixées sur le pourtour oscillent. Un peu moins ridicule et plus sympa pour la vue.
Il faut s'habituer aux prix exorbitants. Au milieu de nulle part, tout est cher. Et il faut s'habituer au flux touristique (ça devient récurrent). La sauvegarde de la région oblige tous les touristes à rester dans un même complexe touristique, puis sur les mêmes chemins de marche et les mêmes sites.

J'ai été déçu par les couleurs du lever et du coucher du soleil sur le mont Uluru. Cela m'a semblé pathétiquement ridicule par rapport à l'idée que je m'en faisais. Je crois et j'espère que les nuages n'y étaient pas pour rien et que je n'ai pas eu de chance. Heureusement un cumulo-nimbus, au loin, montrait des couleurs magnifiques tout en déversant ses colères sur la végétation éparse des dunes écarlates.

Mais le lieu vaut la peine. Si vous réussissez un peu à vous éloigner des touristes, à gommer les chemins tracés, les gens, les panneaux et les bruits modernes. Si vous vous concentrez suffisamment sur le vent, les oiseaux et l'immensité du lieu. Si vous arrivez à remonter le temps et à effacer les traces des occidentaux. Si vous pouvez sentir la solitude de votre être au milieu de ce désert infini, alors vous êtes tout proche. Il suffit alors de regarder et de ressentir. Dans votre isolement, vous pourrez sentir la puissance énorme dégagée par la roche. Bien plus que le plaisir de monter au sommet, tentative irrespectueuse envers les aborigènes, viendra le plaisir immense de se sentir tout petit. Tout frêle devant le monstre nature. Fixez la limite du ciel et de la roche. La frontière du bleu et du rouge. Vous vous sentirez alors aspiré. Car c'est la que les esprits naviguent, que le vent chasse les intrus à coup de pattes, que la nature communique et montre sa force et sa sagesse.

Autant dire que revenir en fin de journée dans ces soirées camping, machos et midinettes, steaks et bières, excusez-moi l'expression, ça fait mal au cul.

Retour en haut de la page | Accueil Australie | Photos


accueil | contactez-moi | itinéraire | photos | carnet de voyage | préparatifs