Carnet de voyage, 106 messages



Extrait de carnet de voyage, vendredi 26 avril, El Chalten, , posté le 2007-04-30 22:08:35

Afficher en taille réellePassage du coté argentin, ou les paysages sont quasiment identiques, c-est-a-dire splendides.

A peine arrivé a El Calafate que je me fais embarquer dans un taxi par 2 chiliens et une allemande, direction le glacier Perito Moreno, principale attraction du coin. L'enchainement est rapide, cela perturbe mon rythme tranquille. Mais c'est une bonne occasion de pratiquer mon espagnol, et le partage d'un taxi a 4 revient moins cher que n'importe quel autre tour. Ajouté a cela, l'allemande est charmante. J'ai vite déchanté sur ce dernier point, en voyant que j'avais affaire a la voyageuse stressée, a l'organisation stricte et droite. "No stress, no stress" lui lancait-on a tour de role avec les chiliens...
Au cours des conversations, je lui faisais part de mon impression de revivre un peu les paysages de la Mongolie, et elle de son désaccord. En l'occurence, normal, puisque sa vision de la Mongolie se limitait a Oulan-Bator. Je tiens a préciser que j'avais rencontré certaines personnes tout a fait d'accord avec moi, entre autres un tres sympathique couple anglais (en tour du monde également) avec qui j'avais passer ma derniere soirée au parc Torres del Paine.
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Puis plus tard, quand je lui expliquais certaines raisons pour lesquelles l'Australie ne m'avait pas vraiment plu, elle s'offusquait de ne pas voir les australiens comme je les voyais. Normal encore une fois, puisque cette fois, elle y avait passé 6 mois a travailler.
Ces deux derniers faits pour rappeler l'énorme différence de perception entre le touriste, le routard et l'expatrié. Alors que le touriste ne privilegiera que tres peu la communication et survolera en général les paysages, les cultures, et le pays, sans vraiment s'en impregner et le comprendre, l'expatrié, au contraire, en se faisant des amis, en vivant le pays pendant plusieurs mois aura tout le loisir de s'y intégrer completement; au risque meme de ne plus etre du tout objectif quant a l'opinion sur ce pays. Le routard se situe un peu entre ces deux genres, facilitant la communication rapide, les amis de quelques temps, se laissant le temps de s'imprégner des lieux et des cultures, tout en restant relativement objectif, car tout juste intégré, il changera déja de place, vers un nouvel endroit. Ce qui rend d'ailleurs le voyage plus difficile a appréhender, car ce dernier sera fait de bouts de vie. Détachés de son pays d'origine (contrairement aux touristes) et pas encore bien attachés au pays parcouru (contrairement aux expatriés).
Quant a savoir ou se situent les limites...

Néanmoins pour revenir au taxi, les gens stressés ont souvent eu pour effet de me détendre. Aussi, je contemplais, heureux, ces paysages inhabités que nous traversions. L'allemande voulait a tout prix prendre le bateau pour naviguer au plus pres du glacier. Mais fin de saison oblige, le nombre minimum de personnes requis n'était pas atteint. Et alors qu'elle se démenait dans ces discussions pour savoir je-ne-sais-quoi, un des chiliens, Alvaro, qui n'en avait pas grand chose a faire de tout cet agitement pour une ballade couteuse en bateau, sortit pain, fromage et saucisson, et c'est ainsi que nous commencames un encas frugal, sur le toit du taxi, sur un parking ou la vue était assez médiocre. Notre chere allemande n'eut pas vraiment le choix et ne put finalement que se rallier a notre humeur foutiste du moment...

Oh, pas d'inquiétude, nous le vimes ce glacier. Le plus imposant qu'il m'a été donné de voir jusqu'ici, avec une facade de plus de 50 metres de hauteur, semblant flotté sur l'eau, a quelques dizaines de metres seulement de la péninsule ou nous étions perchés. Dégageant une force et une puissance encore plus grandes que celle du glacier Grey (vu il y a quelques jours), les craquements (coup de fusil, pétards chinois, ou effondrement d'un immeuble selon) lui donnaient la vie et les milliers d'immenses pics de glace qui le recouvrait semblaient nous prévenir de ne jamais s'aventurer sur cette surface imposante...

Aujourd'hui, me voila a El Chalten, les paysages semblent irréels. Les couleurs des arbres vont du vert au rouge, avec des centaines de nuances qu'un homme comme moi ne saurait nommer, si l'on excepte le jaune et le orange. On croirait que rocs, montagnes, vallées et végétation ont été retouchées informatiquement. Seuls les nuages ne sont pas parfaits, adoptent des formes et consistances étranges, et restent les seuls a m'assurer que ces paysages ne sont pas tirés de mon imagination. Je pourrais rester des heures, assis la, rien qu'a regarder une seule partie d'un bout des alentours...
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Extrait de carnet de voyage, 5eme et 6eme jour de randonnée, argentine, posté le 2007-04-26 02:01:52

Afficher en taille réellePetit aller-retour en cette 5eme journée de randonnée jusqu'au campement situé juste au-dessous de la partie difficile de la grande boucle, un col situé à 1200 mètres. Je me suis résigné à ne pas passer par ce col, suite aux différents échos récoltés pendant ces derniers jours. Apparemment, là-haut, la neige monte jusqu'aux genoux et tous les gens que j'ai rencontré ont du rebroussé chemin. Dernière information, un allemand a été évacué dernièrement après s'être brisé la jambe. Sans crampons, sans binôme, le risque est trop grand. Je me contenterai de la partie officiellement ouverte pour cette fois.

La voie lactée est magnifique. Pas de pollution lumineuse et les sections les plus brillantes et les plus colorées de la voie lactée sont situées dans l'hémisphère sud. Une bonne raison de faire un tour par ici, non?
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En ce 6eme jour, j'ai fait la course avec les nuages. Ils m'ont laissé un peu d'avance avant d'avaler le glacier et de glisser sur le lac que je longeais en sens inverse d'il y a deux jours. Bien sur, je n'ai pas rivalisé longtemps et bientôt le mur nuageux et la neige me débordaient. La neige silencieuse, qui eut vite fait de recouvrir les alentours (jusqu'a maintenant assez bas en altitude pour être épargnés), m'offrant un drôle de dégradé temporel, du clair timide en quelques minutes au blanc scintillant après quelques heures...

Voila l´heure du repas, les nuages se sont retirés et laisse apparaître le ciel bleu.

Apparemment les nuages aiment jouer avec moi, car me voila à peine reparti qu'ils surgissent sur ma droite, prêts pour une nouvelle course poursuite. Cette fois, la partie est plus équilibrée mais bien que le ciel bleu soit au-dessus de moi, le vent complice me souffle de gros flocons de neige dans le dos... Finalement, arrivé au campement, pour ma dernière nuit, les nuages bons joueurs me laissent profiter du soleil. Au moins le temps d'installer ma tente!

En attendant demain, le retour et la douche chaude tant convoitée...
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Extrait de carnet de voyage, 4eme jour de randonnée, chili, posté le 2007-04-26 01:32:35

Afficher en taille réelleLa solution fut la bonne. Mes sachets de nourriture, perchés bien haut, n'ont pas été touchés.
Hélas pour moi, j'avais gardé quelques réserves avec moi sous la tente, persuadé que tout paquet non ouvert ne pouvait être reniflé à travers mon sac à dos.
Un certain vicieux s'est fait un malin plaisir de me prouver le contraire. Mal lui en a pris.
En l'occurrence, un mulot a profité de mon sommeil pour grignoter la moustiquaire intérieure de ma tente et s'ínfiltrer à travers mon logement de quelques jours. Je fus réveillé avant qu'il ne s'attaque à mon sac à dos. Effrayé par ma lampe frontale, le rongeur tentait désespérément de retrouver la sortie en faisant des bonds ridicules. Pas bien futé, car autant l'aspect voûté d'une tente facilite l'escalade de l'extérieur, autant de l'intérieur le mulot ne pouvait plus atteindre son trou, perché à 20 centimètres de hauteur!
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Je passais les premières minutes dans une course poursuite à travers mon étroite tente, l'animal terrorisé ne cessant de courir dans tous les sens et de se cacher sous mes affaires. Un vrai tétris grandeur nature, pour finalement réussir à le piéger dans un coin. Je l'observais de longues secondes (surtout pour lui je suppose), mignon petit mulot, au meilleur de sa forme, si ce n'était son aspect pétrifié de peur.
Apres réflexion, pour ce que vaut la réflexion d'une personne juste réveillée, je restais sans solution. Si je le laissais s'échapper, il reviendrait pendant la nuit. Et je ne pouvais me résigner à le tuer. Pas pour un trou dans ma tente et quelques corn flakes. Je tentais donc de le capturer avec un linge. Plutôt compliqué. Je voulais l'effrayer suffisamment pour que, si je le relâchais, il n'ose pas revenir.
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Mais la bête est rapide. Elle part à droite, crochet à gauche, un petit tour de tente, même joueur joue encore...
Jusqu'a ce que, croyant l'avoir coincé, il surgit de sous mon linge droit vers ma tête (le toit de ma tente est trop bas pour que je puisse adopter une position autre que couchée). Dans un réflexe assez brutal, je claque le mulot contre le sol avec ma paume, comme j'aurais écrasé un moustique. Je m'horrifie moi-même. En regardant le mulot, je m'aperçois que ses deux pattes de derrière sont maintenant immobiles et qu'il se traîne désespérément sur ses deux pattes avant. Le choix n'est plus bien dur. Il faut l'achever maintenant. Alors je tape. Une fois. Deux fois. Le voila assommé, mais ses poumons fonctionnent encore. Cela devient difficilement supportable. Je crie: "Tu vas crever oui!". Encore. Cette fois le voila mort. Je le regarde, m'excuse, m'excuse encore, le prend par la queue et le jette au loin.
Cela ne m'empêcha pas de dormir, mais j'eus l'impression toute la nuit d'entendre son compagnon le chercher tout autour de la tente...

Journée ensoleillée et ciel bleu. Et fin de parcours somptueuse. La mâchoire m'en est tombée, comme dans les dessins animés. Ce n'est pas une image. J'avais vraiment la gueule ouverte devant ce paysage de fiction. La, sur ce chemin surplombant la vallée, je dévorais des yeux ce lac bordé de basses collines et ces montagnes aux sommets de glace quand soudain le lac se fige totalement. Il a fait place à la glace, à une immense mer, joignant d'un bord à l'autre de grands colosses de pierre et de neige contrariés par quelques vents qui, par intermittence, les couvrent de fins voiles blancs. Le glacier, par opposition, reste immobile, comme si le vent ne pouvait rien contre lui. Blanc, bleu, comme une eau immobile, on peut même y voir des vagues qui ne brisent jamais. Et au fond, une avalanche. Une avalanche de nuages, qui semblent couler entre les montagnes, glissant sur le glacier. Une avalanche qui s'est elle aussi immobilisée, comme si elle hésitait à nous avaler...

Extrait de carnet de voyage, 3eme jour de randonnée, chili, posté le 2007-04-26 01:02:54

Afficher en taille réelleCette nuit, quelques mulots ont pioché dans mes réserves de nourriture: corn flakes, barres de céréales, fromages, sacs plastiques... Un vrai festin. Apparemment, malgré que l'on m'est prévenu auparavant, je n'ai pas accroché les sacs assez haut!


Ce matin, nous voilà quatre à s'engager dans la remontée de la vallée de France. Le temps est pluvieux. Apres une demi-heure, la pluie s'intensifie, le vent se lève, la vue est toujours aussi réduite. Tout le monde est trempé, pour ce qui est de l'extérieur tout au moins. Les chemins deviennent des ruisseaux, et bientôt la neige semi-fondue fait son apparition au sol. Mes 3 compagnons laissent tomber et rebroussent chemin.
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Je continue. Je suis sec dans mes chaussures, j'ai à manger et le moral.
Peut-être ai-je tort car plus je monte et plus le temps se dégrade. La pluie fait rapidement place à la neige, le vent commence à assommer par ses rafales. Heureusement la plupart du chemin est sous couvert des arbres. Mais, à chaque passage à découvert, c'est l'enfer. Les bourrasques obligent à se camper fermement sur ses pieds pendant plusieurs secondes, à attendre immobile la prochaine accalmie, sous peine d'être projeté hors du chemin, un chemin ou les traces de pas de la veille sont maintenant à peine visibles... Je suis le premier à passer par là aujourd´hui et si les conditions perdurent, je serai probablement le seul.
Finalement, j'arrive au campement supérieur, plutôt désert à cette époque, avec ces 20 centimètres de neige au sol. Je trouve une sorte d'abri composé de quelques pierres et troncs et d'une bâche plastique bleue. L'abri a souffert, seul un faible espace reste utilisable et sec. Suffisant pour une personne. La, j'en profite pour manger en attendant que la tempête de neige faiblisse. A chaque bourrasque de vent, la moitié de la bâche se soulève et me rappelle que le vent et la neige m'attendent.
Quand je me décide après une petite heure à redescendre vers mon campement, résigné, la neige s'arrête soudainement. Le vent redouble par contre d'efforts, et alors que je suis à la lutte avec lui dans un de ces espaces ouverts, de magnifiques sommets commencent à se dévoiler. Alors je décide de patienter. Effort payant, car si tout ne se montrera pas, le petit bout qui me sera donné fut déjà un beau cadeau...
En redescendant un peu plus tard, je croisais un deuxième courageux en chemin vers le haut, échangeais quelques infos avec lui, et le laissais poursuivre son chemin. Mais déjà je voyais les nuages redescendre, les somptueux colosses de pierre surplombant la vallée disparaître de nouveau et les glaciers se recouvrir d'un voile neigeux...

Ce soir, j'accroche la nourriture encore plus haut, en espérant que les morfales ne soient pas en fait des oiseaux ou des écureuils!
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Extrait de carnet de voyage, 2eme jour de randonnée, chili, posté le 2007-04-26 00:42:13

Afficher en taille réelleExaucé! Le plafond nuageux est remonté et a même laissé quelques failles cet après-midi, par lesquelles le soleil s'est infiltré.

Première nuit un peu frileuse mais pas tant que ça. A peine 0 degré. Malgré cela, l´humidité ambiante m'a obligé à m'enfoncer bien au fond de mon duvet sarcophage. Le froid vient surtout du sol, et ce malgré le tapis de sol. J'ai donc dormi une grande partie de la nuit sur le coté, exposant une surface moindre.

Petit échauffement avant de plier la tente ce matin, en montant au pied des "Torres del Paine", une petite heure au milieu de gros cailloux enneigés et glissants, ce qui ne facilite pas l'ascension. Mais une fois en haut, rien n'est regretté. Les trois dames sont là, tours de pierre élancées, elles veillent sur un petit lac à leur pied. J'ai dit ces dames et non ces messieurs, peut-être parce que le mot "tour" est féminin, plus probablement parce qu'elles ont cette élégance, cette posture droite et fière, ce dédain, cette finesse et cette beauté que seules les femmes possèdent. La dernière dame, la plus grande, se sert des nuages comme d'un chapeau, cachant juste le sommet de son crâne. Peut-être veut-elle cacher quelques problèmes de calvitie; à son age, ce serait bien normal.
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J'ai attendu que tout le monde soit parti. Histoire d'avoir mon petit moment d'intimité avec ces dames. Non pas qu'elles voulaient que je reste. J'avais même l'impression du contraire. Car à l'entrée de ce cirque enneigé, qui donnait l'hospitalité à cette étendue opaque, surplombée par quelques glaciers peu rassurants puis par ces magnifiques gardiennes, le vent, la neige et le froid me fouettait le corps tout entier. Apres ces quelques minutes ou les éléments de la nature, l'eau, l'air et la terre, m'avaient pris sous leur aile et emmené loin de tout, je revenais à moi et commençais à redescendre...

La journée fut belle. Je regardais flotter les larges faucons, et profitait du beau temps pour marcher un peu. 7 heures et demie pour 11 heures estimées officiellement sur la carte du parc. Les journées ne peuvent pas être beaucoup plus longues, le jour pointant à 7h30 et disparaissant à 18h30.
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Le soir seulement, la pluie revint et je passais une courte soirée en compagnie d'un anglais et d'un belge, qui m'offrait mon premier maté. Le comble, non?

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